| Les influences de la pensée politique de Rousseau sur l'indépendance de l'Argentine |
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| Tuesday, 21 October 2008 | |||||
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Dans l'Europe occidentale le passage du XVIIe au XVIIIe siècle est souligné par un changement dans l'esprit et dans la conscience de la notion du politique. La Déclaration des Droits de l'Homme en Angleterre, "le Bill of Rights" et le Traité du Gouvernement de Locke, en 1690, permettent à celui' là de s'exprimer ainsi: " la monarchie absolue, considérée par quelques uns comme le seule type de gouvernement qui doit exister dans le monde, est incompatible avec la societé civile"
L'influence de Rousseau dans l'independance Americaine en special en Argentine. Colloque Politique et Nation. Montmorency. Octobre 1995. Dans l'Europe occidentale le passage du XVIIe au XVIIIe siècle est souligné par un changement dans l'esprit et dans la conscience de la notion du politique. La Déclaration des Droits de l'Homme en Angleterre, "le Bill of Rights" et le Traité du Gouvernement de Locke, en 1690, permettent à celui' là de s'exprimer ainsi: " la monarchie absolue, considérée par quelques uns comme le seule type de gouvernement qui doit exister dans le monde, est incompatible avec la societé civile". -1-. C'était l'époque de Louis XIV, de Pierre le Grand en Russie, de Charles II en Espagne. La rumeur d'une catastrophe parcourait les cours européennes et les idées de Locke commençaient à mouvoir les esprits éclairées du siècle: Montesquieu et Rousseau allaient bientôt mettre au monde les principes d'un régime nouveau, dont l'expression catégorique et claire illumine le début du 'Contrat'. "L'homme est né libre, et par-tout il est dans les fers××"
-1 González Rodríguez, A.L.: Las Revoluciones atlánticas y los Derechos del hombre, el caso argentino in América Latina ante la Revolución del Hombre, el caso Argentino. pag. 128 Ed. Universidad Autónoma de México. México
Les textes qui seront paradigmatiques pour la nouvelle interprétation dans le Río de la Plata sont le Bill of Rights de 1688, la Déclaration de Virginie de 1776 et la Déclaration de l'Indépendance Américaine, et, finalement, la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789. Dans ce siècle "de la philosophie" Rousseau ne veut pas être considéré comme tel. La situation de Rousseau est contradictoire car il partage avec les Encyclopédistes l'idée d'une philosophie liée à l'existence concrète en tant qu'instrument critique du présent et non comme une abstraction ou une spéculation. Cela veut dire une philosophie conçue en tant que moyen pour résoudre les problèmes et questions de l'homme concret et réel. Rousseau, Voltaire, Diderot vont traduire une expérience historique, celle de leur temps. Les temps présents sont soumis à une profonde critique, un futur rationnel se dessine, leur point de départ est la réalité et le besoin impérieux de changer l'homme, problème commun aux Encyclopédistes et à lui-même. Pourtant l'idée rousseauiste d'aller contre le culte de la raison, l'instrument même des penseurs des Lumierès, ne signifie pas renoncer à la lutte contre ce monde féodal au même temps qu'à souligner les dangers d'une raison et d'une culture sans contenu moral et politique que seul le sentiment peut fournir. C'est cela la nouvelle voie du sentiment qui mène au savoir lié à la vie, c'est- à- dire, à la connaissance de l'homme. Mais le monde humain qui entoure Rousseau est une société morale pervertie où la division du travail empèche le développement en harmonie. Et le despotisme qui en découle traduit la négation même de la liberté. C'est en même temps le monde de l'inégalité sociale la plus extrême, la plus déchirée Rousseau déblaiet le chemin qui conduira à la révolution.L'homme de la nature, libre, est capable d'apprendre, il peut faire des progrès, il peut "se faire" une nouvelle vie. C'est l'homme de la "Bildung" hégélienne. Rousseau prend place, dans son siècle parmi les écrivains qui contestent les valeurs et les structures de la société monarchique. Il met en cause la société et l'ordre social dans son ensemble. -2- Les idées politiques du XVIIIe siècle, francais commençaient à être connues dans l'Amérique Latine coloniale à partir des années 1770, car, à cette époque, on publie l'Esprit des Lois, et en 1755, le Discours préliminaire dur l'Encyclopédie, le Discours sur l'Inégalité. et le Code de la Nature de Morelly, et, en 1762, le Contrat Social de Rousseau. L'arrivée en Espagne de cette littérature était très importante l'Espagne était à l'époque un espace apte à recevoir ce que l'on écrivait outre Pyrinées. La censure fonctionnait par périodes- avec des interrègnes plus libéraux pour les ouvrages interdits. Le prince français, petit-fils de Louis XIV, qui allait régner en Espagne sous le nom de Philippe, V "iniciait" la période des Bourbons, et, avec eux, un vigoureux renouveau des idées. On peut le voir surtout dans l'enseignement, et dans le développement économique. -2 Starobinski, Jean La transparence et l'obstacle, p. 37 Rousseau, Jean-Jacques., Lettre à Ch. de Beaumont, Oeuvres Complètes, Ed. Gallimard, :PléiadeT. IV, pp 996-997. Et aussi Hegel, Philosophie du Droit. Sur la Société civile. Le réformisme libéral des Bourbons a contribué plus qu'aucune autre cause à la formation d'une conscience mise au service de l'émancipation et de la révolution parmi les "criollos"- fils d'espagnols nés aux Indes.-. Le Royaume d'Espagne devait s'ouvrir à une rénovation des idées, Les esprits imbus des Lumieères,.Jovellanos, Feijóo, Campomanes, et le rejet des préjugés, allaient envahir la cour. - Cela n'était pas le cas des masses sumises à la tutelle spirituelle du clergé. La conception politique des origines du pouvoir devait changer avec les Bourbons. Les fondements commençaient à s'ébranler, et le pouvoir civil et laïque, sous l'influence des Lumières, devaient prendre racine. Les conséquences allaient ébranler non seulement les structures de la Péninsule, mais aussi l'ordre politique et social tout entier des lointaines contrées coloniales. En fait, cette ouverture devait inicier une époque nouvelle qui aboutirait aux processus révolutionnaires quii traverseraient toute l'Amérique Espagnole des premières années du XIX siècle. La création du Vice-Royaume du Río de la Plata, en 1776, va donner l'unité politique à un vaste territoire jusque-là dispersé. Aux régions de Buenos Aires et du Paraguay devaient s'ajouter celles de Charcas, Tucumán, Potosí et Santa Cruz de la Sierra. La capitale de ce vaste ensemble était Buenos Aires, et son existence politique pendant le XVIIIe siècle. devait profiter du régime libéral des Bourbons, "le despotisme éclairé". La bourgeoisie de Buenos Aires envoyait ses fils faire les études en Europe ou dans les prestigieuses Universités de Chuquisaca, La Paz, et Córdoba. " On commençait à penser librement dans les Universités où l'on n'avait jamais entendu parler que d'Aristote et de St. Thomas. "L'antichambre de 40 ans qui prépare la révolution ne se fait pas dans les casernes, mais dans les salles des Universités. -3- En Colombie, au Mèxique, à Quito, les savants français comme Bougainville et Humboldt ensemençaient une térre avide, selon Arciniegas, qui va produire aussi une littérature politique pré-révolutionnaire. L'expulsion des Jésuites du Royaume, et de l'enseignement à l'Université de Córdoba en 1767, fait perdre son autonomie à l'Université, et l'Etat espagnol va exercer depuis lors le contrôle de l'enseignement à travers les autorités coloniales. Les limites des réformes vont pourtant permettre -' malgré la nécessité de continuer avec le "statu quo" - aux étudiants d'accéder aux textes de l'Illustration francaise du XVIIIe s..et aux oeuvres interdites dans le continent en dehors des Universités. Les noms des révolutionnaires de mai 1810- Juan José Poso, Nicolás et Saturnino Rodríguez Pena, Juan José Castelli, Manuel Alberti sont des élèves de l'Université et nous font penser que les écrits des "libertins français", avaient des lecteurs
-3 Arciniegas, Germán, Nuestra América es un ensayo, p. 297.in Zea, Leopoldo: Fuentes de la Cultura Latinoamericana,F.C.E.,1993.
avides de réaliser les changements que se produiraeint bientôt dans le Río de la Plata. -4- Parmi tous les esprits éclairés des penseurs français qui allaient mettre en branle les cerveaux de l'Amérique Espagnole, c'était Rousseau l'un des plus lus "au Chili, au Mexique, en Venezuela, au Río de la Plata" -5-. Voltaire, Rousseau, Montesquieu sont les apôtres de la raison", ils ont cassé les bras au despotisme..." -6-. La circulation des livres et des idées à travers le Virreynato- depuis les dernières décennies du XVIIIe s. - était assez importante en 1811 on comptait à Santiago de Chile 400 exemplaires du Contrat Social dans une traduction espagnole, imprimé à Buenos Aires par l'Imprenta de Niños Expósitos en 1810. L'ordre d'impressión venait du chef de file des jacobins : Mariano Moreno. En fait le mouvement révolutionnaire de Mai 1810 à Buenos Aires portait au pouvoir les jeunes qui avaient fréquenté le plus assidûment les auteurs modernes - et surtout Jean-Jacques- dans des éditions lues en cachette - étant donné la vigilance et la censure qu'imposait le clergé, autant jusqu'à l'expulsion des jésuites .De ces lectures devaient naître quelques aussi périodiques, parmi lesquels El Telégrafo Mercantil, El Correo de Comercio, La Semana de la Agricultura, et tout cela malgré l'oppression surtout après 1789- que souffraient les esprits révolutionnaires de la part du pouvoir . La Déclaration des Droits de l'Homme était un programme politique qui avait séduit -4 Perrotti.Raquel, La educación en Córdoba en la época de los jesuitas, Córdoba, 1973. -5 Lewin Boleslao: Rousseau y la Independencia Argentina y Americana. Eudeba,Buenos Aires 1967. -6 Sanchez Vazquez Adolfo: Rousseau en México, Editorial Grijalbo México, 1970,p.54. Ceux qui cherchaient une praxis pour les enseignements de notre philosophe. La Révolution de 89 semblait le triomphe des idéaux de fraternité, de justice et d'égalité qui habitaient les textes des deux Discours et du Contrat. -7- Il apparaît donc clairement que les personnages "clés" du processus d'indépendance des colonies espagnoles en Amériqe- surtout au Venezuela, au Mexique, au Chili, et en Argentine- fréquentaient assidûment les philosophes et idéologues français, même avant la Révolution, et cela allait durer encore une longue période après les événements de Juillet l789. C'était- " une fenêtre ouverte sur le monde". -8- Le cas argentin possède, en plus, une exceptionnelle figure, le "précurseur" Mariano Moreno qui, en 1802, avait traduit le Contrat Social, -9- et qui fait état des élans révolutionnaires en Amérique espagnole, dans une époque où les soulèvements violents sont innombrables- avec un contenu social et des objectifs économiques et politiques. -7 Romero, José Luis, Las Ideas polìticas en Argentina. F:C:E. Bs.As.1946-1975. -8 Gazmuri Riveros, Christian, Libros e Ideas políticas Francesas en la Gestación de la Independencia de Chile, p.81 in América Latina ante la Rev. Fr. Op. Cit.. -9 Sanchez Viamonte.Carlos- Los derechos humanos en la evolución del pensamiento constitucional de latino-américa, p. 291- 293.
Rousseau, remarque Salvador de Madariaga,avait conquis rapidement l'Espagne et les Indes...il était possible de trouver des réponses à toutes les questions et des solutions à tous les problèmes". -10- Vives mettait en question le retour des Espagnols d'Amérique, car, en plus de nouveaux biens ,ils rapportaient une mentalité "radicale" qui avait pour cause les lectures de Voltaire et de Rousseau. -11- A la question "pourquoi les idées de Rousseau avaient pris un tel écho aux Amériques", nous pouvons signaler l'essence égalitaire du système, l'esprit de "réligion laîque" dépourvue de formes cléricales. Les combattants pour la liberté des colonies s'étaient formés sur le système espagnol des castes et la prédominance -ou l'importance cruciale- de l'Eglise. Bien que Moreno eût traduit Rousseau en 1802, le Doyen Gregorio Funes. dans son Autobiographie, se référait à Rousseau ainsi: " il a le mérite singulier que son auteur s'est avancé à mettre la première pierre de la révolution, en reconnaissant l'existence du Contrat Social. -12- Et Funes travaille dans ses Archives en faisant connaître la pensée de Jean-Jacques, déjà en 1790. -10 Madariaga , Salvador de: Cuaderno Histórico de las Indias, Buenos Aires, 1945,p,703 in Lewin B. Rousseau y la Independencia Americana. op. Cit. -11 Vives, Luis, Historia Social y Económica de España y América, T.1.p.156, Barcelona, 1951, in Lewin B. Op. Cit.. -12 Lewin, B. Op. Cit. p.20.
Un document, Le Discours des Cortes de mars 1805, exposait des arguments tirés de Rousseau sur la volonté générale et le nouvel ordre démocratique et indépendant: "La souveraineté de la Nation déposée dans un ou dans plusieurs n'a, ni ne peut avoir, plus d'autorité que celle qu'elle même voudrait bien lui confier... Et les princes et sénateurs ne sont plus que des réprésentants du peuple et doivent réaliser leur volonté". Nous trouverons les mêmes arguments dans Le Discours sur la vie heureuse de l'humanité où les mots de "vie heureuse", individuelle, et en général, constituaient la clé d'un texte qui commence ainsi: "L'homme est libre, et du bon usage qu'il fera de sa liberté découlera une vraie vie heureuse". L'importance de la diffussion des idées rousseauistes est encore plus nette si nous savons que depuis 1764 l'Inquisition avait interdit les oeuvres de Rousseau en Espagne et aux Indes. Malgré ces entraves et contraintes, la propagation de ses idées parmi les élites, et même dans quelques secteurs populaires se poursuivait. Nous avons déjà fait mention à Mariano Moreno, non seulement comme le traducteur et l' imprimeur du Contrat dans le Río de la Plata, mais en particulier comme le travailleur infatigable essayant de mettre en pratique les propositions formulées par Rousseau dans le Contrat et dans l'Emile -et cela en tenant compte des piliers idéologiques du régime colonial- dans des conditions objectives avec lesquelles devaient se dessiner le mouvement d'Indépendance en Amérique Coloniale.
Moreno travaille à faire connaître la pensée de Rousseau et à la difussion dès l'époque où il étudiait à Charcas. Dans ses écrits, il se réfère au Discours sur les Sciences et les Arts, aux réflexions sur le rôle de la rèligion dans la société humaine et à un troisième texte sur la Revolution Française, -13- Dans un texte publié après la Révolution de 1810 -14- il écrit: "Les Amériques ne se voient pas unies aux monarques espagnols par le pacte social qui est le seul à pouvoir octroyer la légitimité et la bienséance d 'une domination. Dans aucun cas l'Amérique ne peut se considérer assujetie à cette obligation- elle n'a pas fait partie de la célébration du pacte social d'où les monarques espagnols tirent les seuls titre de la légitimité de son Empire. La force et la violence sont le seul fondement de la conquête de ces terres par le trône Espagnol... N'ayant jamais été ratifiées par le consentement libre et unanime de ces peuples rien d'autre n'est venu s'ajouter à la force et la violence primitives...Puisque la force ne fait pas le droit, et ne peut légitimer une obligation qui nous empêche la résistence, car, comme disait Jean -Jacques Rousseau: "recouvrant sa liberté par le même droit qui la lui a ravie, ou il est fondé la reprendre, ou l'on ne l'était point à la lui ôter ×"-15- -13 Lewin, B. El pensamiento democrático y la pasión igualitaria de Mariano Moreno en Anuario del Instituto de Investigaciones Históricas de la Universidad del Litoral, Rosario, 1961. . -14 Gaceta de Buenos Aires, reimpresión facsimilar de la Junta de Historia y Numismática Americana, Buenos Aires, 1910, Tomo 1. -15 Rousseau, J.-J. Le Contrat Social, in O.C. Pléiade, T.III, p. 352.,Ed. Gallimard,Paris.
"Tous ces vices, dit Rousseau, n'appartiennent pas tant à l'homme qu'à l'homme mal gouverné", car " il est certain que les peuples sont à la longue ce que le gouvernement les fait être, guerriers, citoyens, hommes quand il le veut populace et canaille quand il lui plaît". O.C Pléiade,. T.III, p.251-,puisque " j'aurais bien voulu naître dans un pays où le Souverain et le peuple ne puissent avoir qu'un seul et même intérêt à fin que tous les mouvements de la machine ne tendissent jamais qu'au bonheur commun ce qui ne pouront se faire à moins que le Peuple et le Souverain ne soit une même personne, il s'ensuit que j'aurois voulu naître sous un gouvernement démocratique", Et il ajoute dans la Lettre à D'Alembert: "Dans une démocratie, où les sujets et le Souverain ne sont que les mêmes hommes considérés sous différents rapports, sitôt que le plus petit nombre l'emporte en richesse sur le plus grand il faut que l'Etat périsse ou change de forme". O.C. Pléiade.T.III,p.CII .Il est donc clair que les habitants de l'Amérique Espagnole ne doivent pas fidélité au Roi, car ils n'ont pas fait partie du pacte , que la force et la violence ont été les seuls vices-moyens de conquête et que par là même il n'y a aucune obligation légitime qui soit. -16- Et Moreno finit ce texte en affirmant "J'ai même assisté au Serment de Ferdinand VII dans l'Atrium de Santo Domingo et il a fallu une bonne bastonnade des officiers pour obtenir des jeunes gens les cris et la joie que les pièces offertes n'obtenaient point". -16 Gaceta de Buenos Aires, idem, p. 614. -17 Gaceta de Buenos Aires, idem, p. 614. Il s'exprime aussi avec véhémence et ardeur dans le Prologue à l'édition du Contrat de 1810 ": Cet homme immortel qui attirait l'admiration et l'enthousiasme de son siècle et l'étonnement de tous les âges, fut peut-être le premier qui, dissipant les ténèbres avec lesquelles le despotisme cachait leurs usurpations, éclaira les droits des peuples...en leur apprenant l'origine réelle de leurs obligations..." -18 - Il nous reste à ajouter que Moreno omit dans son édition le dernier chapitre du Contrat concernant la religion, "car, dit-il, il (Rousseau) a eu le malheur de délirer-sic- en matière religieuse". Après l'éclat révolutionnaire les jeunes continuaient les réunions dans le café-club " de Marco ", constituant une Société Patriotique et Littéraire. On y parlait de thèmes politiques " contre l'injustice de la conquête, des droits des peuples, de l'égalité, de la liberté et de la propriété". -19- On commentait le Contrat Social de Rousseau, Le Sens Commun de Thomas Paine, entre autres oeuvres à la mode. Dans la Société Patriotique de Buenos Aires, après la mort de Moreno, un jeune rousseauiste- Bernardo de Monteagudo- parlait avec ardeur de Jean-Jacques et revait rédiger une Déclaration des Droits pour la Constitution de 1811, élaborée à la demande du Gouvernement constitué en ce moment par des partisans de Moreno.. Quelle est la signification et la valeur de l'énorme influence de la pensée française des lumierès et de Rousseau, en particulier dans le processus de l'Indépendence en Amérique Latine et en Argentine?.. -18 Ideario de Mayo, compilación y estudio preliminar de Narciso Binayán Carmona, Buenos Aires, l960,p. 443,445. Dès le début les révolutionnaires ont essayé de résoudre la première question, à savoir le fondement de la légitimité du nouvel ordre. Et c'est précisément là que Moreno prend la notion de souveraineté populaire et de contrat social chez Rousseau.. Moreno fait exister le peuple américain dans l'indépandance de toute légitimation venant de l'extérieur. C'est le "contrat" qui unit les citoyens libres et qui rend possible le surgissement des institutions républicaines. La tradition de l'Argentine indépandante qui rompt avec la tradition hispano féodale en 1810, par sa composition ethnique et sa structure juridique égalitaire, est le résultat du dépassement du régime social de la colonie espagnole et de la mise en route d'un système démocratique juridico-politique et social. Droit à l'indépandance, souveraineté, liberté, égalité sont les mots clés qui vont permettre le changement total de l'ordre établi. Ce sera l'ordre de la justice, de l'égalité et de la liberté universelles. Ces principes, qui établissaient les fondements de la période révolutionnaire de 1810, seraient la clé de voûte dans la Constitution de la Nation Argentine de 1853. Pour Rousseau, " tout gouvernement légitime est républicain," c'est-à-dire démocrate.En réfusant la souveraineté aux rois... Rousseau se prononce ouvertement pour la démocratie...au sens large où il prend le mot dans la Lettre à D'Alembert: une démocratie est un État " où les sujets et le Souverain ne sont que les mêmes hommes considérés sous différents rapports".
Pour Rousseau il n'y a d'autre Etat légitime que la démocratie, et c'est sans doute par prudence qui il emploie l'épithète "républicain" au lieu du terme démocratique" dans la formule célèbre du Contrat -1- II, chap. VI: "Tout gouvernement légitime est républicain".-20- Pourtant le pays qui avait enfanté tant d' espérance dans ces premières années du XIXo s. devait souffrir les marches et contremarches d'une société en formation et d'un Etat embryonnaire. Deux lignes de pensée se dessinnent déjà pendant le Premier Gouvernement de 1810,: d'une part les jeunes amis de Moreno, de Castelli, ont des conceptions bien définies autour du projet de consolidation du nouveau régime égalitaire, avec une nouvelle légitimité, une liberté et une justice, et la réinstallation de la raison, et, d'autre part, une ligne conservatrice modérée - Saavedra et ses dévoués - à l'intérieur même de la Junte de Gouvernement. Le chemin de la démocratie égalitaire s'est ouvert en deux sentiers en Argentine - et en Amérique Latine: l'un qui s'ouvre sur la démocratie libérale-associée à l'économie capitaliste du marché et à l'acceptation de l'existence de classes sociales, et l'autre qui débouche sur l'Etat autoritaire qui allait agiter la vie politique, sociale et économique dans un maelstrom. Périodes de paix, prospérité, liberté succédent à d'autres très agitées, où une démocratie fragile cède le pas à l'autoritarisme comme régime d'Etat où l'injustice est reine. Les rêves d'une monde meilleur des révolutionnaires du début du XIXo s. attendent encore de nouvelles formes de politique, avec une société civile en avant sur la scène où se joue l'intêret du pays. Et cela pourrait être le premier pas pour en finir avec une utopie blessée et des rêves brisés. -20 Rousseau J.J. O.C. Pléiade, T.III,p.CVII, Com. Robert Derathé,
"Je t'écries donc, désarmé, refugié dans le rêve éternel de la révolution àfin que résiste ce qui, dans moi -même, ne résiste plus, Qu'est-ce qui nous a manqué pour que l'utopie puisse vaincre la réalité? Qui a vaincu l'utopie? Car il y a eu une carence de l'Histoire, mais non une carence d'histoire".
-21 Rivera Andrés: La révolución es un sueño eterno. Lèttre de Castelli à un ami. p.p. 57 et 125. Ed. Alfaguara. Buenos Aires, 1987. MUSEE JEAN-JACQUES ROUSSEAU. BIBLIOTHEQUE D'ETUDES ROUSSEAUISTES. II Colloque International de Montmorency. Jean-Jacques Rousseau: Politique et Nation. 27 Septembre - 4 Octobre 1995. Intervenant: Alicia Noemí Farinati.
Faculté de Droit Institut A.L. Gioja. Université de Buenos Aires. ARGENTINE. Télècopie: 54-1-803-2371
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